Un homme travaille sur un ordinateur portable Frederic J. Brown afp.com
«Il y a quelques années, on nous disait qu’Internet allait bouleverser les campagnes politiques, devenir décisif dans la mobilisation de certaines catégories d’électeurs, se souvient Brice Teinturier, directeur général adjoint d’Ipsos. C’est beaucoup moins vrai qu’on l’avait cru». Une étude MSN/ Ipsos sur la formation de l’opinion politique des Français souligne le poids des médias traditionnels face au Web. En première position, la télévision: 71% des Français la regardent au moins une fois par jour pour se tenir au courant de l’actualité politique. Viennent ensuite la radio (56%) puis Internet (33%) et la presse papier (23%).
Complémentarité des médias
«Internet devance quand même la presse écrite», explique le sociologue des médias Jean-Marie Charon à 20Minutes. «Ce n’est pas rien, surtout dans le domaine politique, dans lequel la presse écrite est traditionnellement considérée comme le média de référence, d’analyse solide». Mais il concède qu’effectivement, la rupture n’est pas radicale, et que les médias traditionnels tiennent toujours le haut du pavé.
C’est donc autrement que l’impact d’Internet se fait sentir. Ce qui importe, c’est «la porosité d’Internet avec les médias traditionnels», précise Brice Teinturier à 20 Minutes, car le Web est complémentaire. Il s’impose «en faisant remonter un certain nombre d’affaires et informations, ensuite diffusées dans les médias traditionnels de masse». L’affaire Woerth-Bettencourt l’a montré par exemple. «Mediapart a fait un formidable travail journalistique, mais cela n’a véritablement atteint le grand public que lorsque les médias traditionnels, et notamment la télévision, ont repris ces informations d’enquête» rappelle Jean-Marie Charon. «La vraie évolution n’est pas l’apparition d’un nouveau média, mais l’usage combiné de plusieurs médias», juge Brice Teinturier.
Sans compter la possibilité pour les citoyens de se forger une opinion plus éclairée avec des décryptages propres à la culture Web. «Avec Internet, les médias auront un rôle de décryptage différent, estime Jean-Marie Charon. Par rapport à la campagne de 2007, Internet permettra de nouvelles formes éditoriales, qui mixent sites traditionnels et réseaux sociaux, des décryptages en live pendant des allocutions télévisées, ce genre de formes qui n’existaient pas il y a quelques années pourrait fleurir désormais». Comme cela a notamment été le cas lors de la primaire socialiste.
Différenciation
Si Internet peut avoir un impact propre pour forger l’opinion politique des Français, c’est au sein d’une minorité. «Il s’agit d’un groupe restreint sociologiquement, qui trouve sur le Web une place de mobilisation et d’expression. Ce n’est pas l’avènement que l’on nous avait annoncé ou la transposition du modèle Obama». Sans compter que ceux qui s’expriment le plus sur le Web, et s’en servent le plus comme sources d’information (à travers par exemple les réseaux sociaux) sont les plus jeunes: les moins de 35 ans. «Or, ce sont aussi ceux qui se déplacent le moins pour aller voter», rappelle le directeur général adjoint d’Ipsos.
Les politiques ont-ils tort alors, de se positionner sur le Web, avec des plateformes communautaires pour le Parti Socialiste, des lives pour les meetings, des vidéos pour l’ensemble des partis? Tout dépend de l’image qu’ils veulent donner. «Les partis font les mêmes études que nous, avec les mêmes résultats», prévient Jean-Marie Charon. Ils vont bien se rendre compte que leurs activités sur le Web ont un impact limité, «et pourraient penser qu’il s’agit de dépenser beaucoup d’énergie pour rien». Mais pour le PS, qui essaie de s’adresser aux jeunes, cela reste important d’être présent sur la Toile. A l’inverse, pour l’UMP, qui a un électorat plus âgé, qui ne drague pas les mêmes personnes, ce genre d’études montre que c’est la télévision qu’il faut privilégier. Mais ce n’est pas comme si Nicolas Sarkozy l’ignorait…»