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Elections 2017

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Moscovici : « Il y aura un affrontement droite-gauche net, une vraie confrontation »

PIERRE MOSCOVICI DIRECTEUR DE LA CAMPAGNE DE FRANÇOIS HOLLANDE

Quel est l'enjeu pour François Hollande de son second grand meeting à Rouen ce soir ?

Ce meeting se tient dans sa ville natale. Mais aussi au coeur d'une région industrielle très touchée par la crise. Au moment où l'on évoque des approches punitives pour les chômeurs, des tentations protectionnistes, il va redire que la réponse à la crise, c'est d'abord la priorité accordée à l'industrie, c'est l'amélioration de la compétitivité hors prix de notre économie, c'est l'innovation, c'est la réciprocité, bref c'est le redressement. La présidentielle se jouera d'abord sur les questions économiques et sociales, sur nos propositions pour relancer l'activité, créer des emplois et rétablir la justice. Mais la question des valeurs ne peut être esquivée. Nicolas Sarkozy se démène pour faire oublier son bilan, accablant, il fait tout pour déplacer le débat. Nous ne fuirons pas la confrontation sur le vivre ensemble dans la République.

Comment voulez-vous le contrer ?

Nicolas Sarkozy aurait pu se poser en chef d'Etat rassembleur, en président protecteur, en capitaine courageux dans la tempête. Bizarrement, il a choisi la posture d'un conservateur à l'américaine, qui en appelle au peuple contre les élites, qui décrit de façon absurde la gauche comme le parti de l'immobilisme voire de l'establishment. Il a choisi de cliver, de diviser, d'inquiéter. C'est inédit pour un président sortant. Je suis convaincu qu'il s'agit d'une posture inadaptée pour le pays après cinq ans de présidence erratique. La France a, au contraire, besoin de se rassembler. Et si François Hollande est aujourd'hui en tête dans les sondages, c'est parce qu'il correspond aux attentes des Français d'une présidence apaisée. Il faut revenir à une présidence proche des Français.

Il y aura dans cette campagne un affrontement droite-gauche net, une vraie confrontation.

La crise sociale en Grèce et les menaces sur la zone euro ne vont-elles pas contraindre votre candidat à revoir son projet ?

Au contraire, la situation en Grèce montre la justesse de notre approche. Dans ce pays, les Européens ont montré tout ce qu'il ne fallait pas faire : ils sont intervenus, trop tard, à contretemps, et surtout sans apporter les bonnes réponses. Il faut que les Européens acceptent enfin la mutualisation de la dette et dotent le Fonds de stabilisation financière des moyens dont il a besoin. On ne peut pas contraindre la Grèce à de tels sacrifices sans lui donner une perspective. L'austérité n'est pas la voie pour l'Europe. Si celle-ci n'est pas capable d'articuler des plans nationaux de réduction de la dette et des déficits avec des initiatives de croissance partagées, elle peut s'attendre à des réveils très difficiles. Les événements en Grèce montrent aussi qu'il faut réorienter la construction européenne. Ce sera à la nouvelle majorité présidentielle qu'il reviendra de ratifier le futur traité européen. François Hollande a été très clair à cet égard : il n'y aura pas de ratification du traité s'il n'y a pas de réorientation de la construction européenne vers un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance. Il est impératif de mobiliser mieux les fonds de la Banque européenne d'investissements, il est impératif que la Banque centrale européenne joue son rôle de prêteur en dernier ressort, il est impératif aussi que l'on puisse mettre en place des euro-obligations ciblées sur des projets technologiques.

Pourquoi François Hollande arriverait-il mieux que Nicolas Sarkozy à se faire entendre d'Angela Merkel ?

Beaucoup de pays européens ont accepté ce traité contraints et forcés. Angela Merkel traite en ce moment avec un président en fin de mandat et affaibli, qui a besoin d'elle et dont elle se sert aussi. Avec l'élection de François Hollande, elle aurait un partenaire amical, constructif, mais qui sera doté d'une légitimité nouvelle et d'idées neuves. On devra trouver un compromis, comme toujours. En 1997, j'étais ministre des Affaires européennes : nous sommes parvenus à renégocier le Pacte de stabilité, que nous avons réorienté vers un pacte de croissance.

Le coup de barre à droite de Nicolas Sarkozy ne risque-t-il pas de dégager de l'espace pour François Bayrou ?

François Bayrou a manifestement décidé de changer de pied. Après une campagne plutôt axée à droite, il adopte une nouvelle posture, qui au demeurant ne lui appartient pas en propre. Mais sur le premier enjeu de cette élection, c'est-à-dire les questions économiques et sociales, François Bayrou est celui qui a pris les positions d'austérité les plus radicales. Il a dit qu'il se prononcerait en faveur d'un des candidats qualifiés s'il n'était pas présent au second tour. A lui de dire alors de qui il serait le plus proche. Ses dernières prises de position sur la ligne de Nicolas Sarkozy, qu'il considère « inquiétante pour la France », ne devraient pas, s'il est cohérent, le rapprocher du candidat sortant.

Propos recueillis par renaud czarnes et stéphane dupont
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