2 avril 2012
J - 20
Le Chiffre du Jour
Il a osé dire
Nathalie Kosciusko-Morizet, porte-parole du candidat sortant, à propos de la demande d'audition —refusée par le gouvernement— des chefs du renseignement après les tueries de Mohamed Merah. Ce refus constitue un grave précédent mettant en cause les prérogatives constitutionnelles du Sénat. Il ne peut que renforcer les soupçons de failles dans l’organisation des services de renseignement.
Le Changement c'est Maintenant
François Hollande, le 31 mars lors de son meeting à La Réunion.
Sarkozy : Président des privilèges et candidat des privilégiésCommuniqué de presse de Bruno Le Roux, porte-parole de François Hollande
Dans une interview simultanée à l’Est Républicain, à Vosges Matin et au Républicain Lorrain, Nicolas Sarkozy a une nouvelle fois tenté d’engager une polémique dénuée de tout fondement en accusant les collectivités territoriales d’être responsables de sa propre incurie.Ces accusations ne résistent pas à la réalité des faits. Les collectivités locales représentent 10% de l’endettement public, l’extrême majorité de la dette française relève de l’Etat. Quant à la crise, la Cour des Comptes a évalué son impact à seulement un tiers de la dette de l’Etat contre deux tiers à la mauvaise gestion de Nicolas Sarkozy. Cela peut sans doute déplaire au candidat-sortant, mais il est comptable de son bilan et, en matière d’endettement public, celui-ci se solde par une facture de 612 milliards d’euros que les contribuables français devront payer.
Ce sont des orientations aussi inconséquentes qu’innefficaces qui expliquent le niveau de notre dette. La règle absurde du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite a mis en péril l’action publique. Ce risque a été bien loin de compenser l’ensemble des largesses octroyées aux plus favorisés des Français. Nicolas Sarkozy a exigé et organisé un vaste système de démantèlement des taxes sur les très hauts revenus et sur les capitaux les plus importants. Et il fait payer la facture aux classes moyennes et populaires à travers les hausses successives de la TVA, sans que cela puisse compenser l’ensemble des privilèges dont il a fait bénéficier ses amis du Fouquet’s.
En outre, déclarer comme il l’a fait, que les régions ont augmenté leur dépense « en dix ans sans avoir acquis de compétences nouvelles » relève purement et simplement du mensonge. Un mensonge dont il a pleinement conscience puisqu’il était lui-même ministre de l’Intérieur lorsque l’acte II de la décentralisation engagé par Jean-Pierre Raffarin a accru considérablement en 2004 les compétences des régions.
Enfin, Nicolas Sarkozy tente de lancer une polémique sur les vices-Présidences que comptent les intercommunalités de Lille et de Rouen présidées respectivement par Martine Aubry et par Laurent Fabius. Ces affirmations fausses relèvent de la basse manipulation politicienne et ne positionnent pas Nicolas Sarkozy au niveau d’un président de la République, au niveau des difficultés que rencontrent les Français et au niveau de l’enjeu de cette élection pour l’avenir de la France face à la crise de la dette. Il devrait avoir honte d’évoquer de tels arguments, lui qui s’est augmenté son propre salaire de 140% et, au lendemain de son élection, qui a fait passer le budget de l’Elysée de 30 à 100 millions d’euros, lui qui s’est doté d’un avion de 176 millions d’euros, et qui s’est fait financer par le contribuable français une nuit d’hôtel au Sommet du G20 de Cannes pour un montant de 37 000 euros la nuit ! Nicolas Sarkozy ferait mieux de balayer devant sa porte et devrait réfléchir à deux fois avant de tenir de tels arguments qui en réalité l’accablent.
Comment Nicolas Sarkozy a bradé la laïcitéRetrouvez la tribune de Bernard Cazeneuve, Porte-parole de François Hollande, publiée sur le site Internet du Nouvel Observateur en cliquant ici.
À la manière d’un vieux fleuve, notre pays transporte des alluvions, qui sédimentent une culture avec ses lignes de forces, ses contradictions et ses questions restées sans réponses.
Au moment où les Français s'apprêtent à se prononcer sur leur avenir, ils aspirent à voir la France s'identifier à la République. Mais ceux qui la dirigent encore ont changé à ce point son visage que chacun peine désormais à se reconnaître en elle. À force de synthèses politiques douteuses et de relectures historiques frelatées, ils ont rendu la France peu à peu nauséeuse.
D’abord, Nicolas Sarkozy s’était plu, pendant la campagne présidentielle de 2007, à préempter avec un art consommé de la triangulation, à la fois de Gaulle et Jaurès, la République et les racines chrétiennes de la France, le message universel de la déclaration des droits de l’Homme et l’appartenance de la France à la civilisation occidentale. À coup de manipulations, il avait fait tomber un à un les repères établis par les respirations de l’Histoire. Et beaucoup des valeurs fondatrices de la République avaient ainsi été passées au laminoir des discours du chef de l'État.
Jusqu’à lui, nul républicain ne s’était aventuré à revisiter la laïcité comme une valeur intangible de la République. Car chacun qui avait exercé la plus haute responsabilité de l'État avait conscience de ce lien intime et indestructible qui liait la laïcité à la nation, au point d’en faire un élément essentiel de son identité.
La laïcité, garante de notre devise républicaine
La laïcité fut en effet l’aboutissement d’un combat sans merci qui portait comme une synthèse l’aspiration de la République à voir se réaliser les trois ambitions de sa devise : la liberté, l’égalité et la fraternité.
La laïcité désirait que chaque citoyen pût trouver, dans l’indifférence du pouvoir politique à l’égard des croyances et des religions, un chemin pour le libre exercice de sa conscience. Elle fut ainsi le moyen de conforter au cœur de la République la devise de la liberté. Comme elle établissait que l’essence même de l’Homme l’emportait sur toutes les autres appartenances qui pouvaient le distinguer, elle fut un ressort puissant de l’égalité. Enfin, comme dans l’école de la République, dégagée de toute inféodation aux croyances et à leurs églises, elle garantissait l’accès de chacun à la connaissance et formait à la tolérance par l’apprentissage de l’ouverture à l’autre, elle constituait le socle solide de la fraternité.
Sarkozy et le discours de Latran : notre héritage bradé
Mais sans doute la laïcité était-elle trop encombrante pour résister à l'obsession du clivage et de la division qui semble avoir guidé chacun des pas du président sortant jusqu'au terme de son quinquennat. Sur ce sujet grave, la parole du président de la République, portée au cœur de la basilique Saint-Jean-de-Latran, en 2007, justifie toute la rigueur d’analyse que l’on pourrait devoir à l’encyclique d’un pape.
En quelques mots, l’héritage laïque de la France s'est trouve bradé. En accusant la laïcité de couper la France de ses racines chrétiennes, il a réintroduit la religion au cœur du discours politique, en allant jusqu'à consacrer la supériorité du prédicateur qui évangélise sur l'instituteur qui éduque : "Dans la transmission des valeurs et de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le prêtre ou le pasteur (...) parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance."
Comment ne pas rapprocher ce propos de celui tenu par Jean Jaurès, à Castres, en juillet 1904, qui disait, parlant de la laïcité : "Ainsi se dissiperont les préjugés, ainsi s’apaiseront les fanatismes… Et la conscience de tous ratifiera les lois nécessaires et bienfaisantes dont l’effet prochain sera de rassembler dans les écoles laïques, dans les écoles de la République et de la nation, tous les fils de la République, tous les citoyens de la nation..."
Quoi de plus fort que la juxtaposition de ces deux paroles pour mesurer l’intensité du divorce entre deux conceptions de la laïcité, et de ce fait de la République.
La rupture établit ici non seulement la négation de la laïcité comme valeur républicaine intangible, mais relativise l’apport des Lumières à l’œuvre d’émancipation des citoyens désireux de recouvrer leurs libertés et leurs droits contre toutes les formes d’obscurantisme.
En fait, en s’attaquant à la laïcité, sous prétexte de vouloir en inventer une autre, plus positive, c’est la République que Nicolas Sarkozy a atteint dans ses fondements les plus intangibles.
La droite sarkozyste incite au communautarisme
On comprend mieux dès lors pourquoi, par culture autant que par conviction, il s’est employé à banaliser, dans le concert des nations occidentales, la parole de la France. Là où celle-ci s’affirmait laïque, il l'a préférée revendiquant ses racines chrétiennes, là où son message universel la plaçait comme un pont entre les cultures, il a théorisé le choc des civilisations par le truchement d'un ministre de l'Intérieur campé dans la provocation. Enfin, là où les services publics, dans leur neutralité, constituaient le patrimoine de ceux qui n’ont rien, il les a affaiblis un à un, à l’instar de l’Éducation nationale, de l'hôpital public, ou encore de la poste, alors que pour Jaurès, déjà, l'émancipation laïque et la résolution de la question sociale étaient indissociables l’une de l’autre.
Oubliant que la laïcité porte en elle l’espérance de l’affranchissement de l’Homme, par le dépassement de tous les dogmatismes, la droite sarkozyste a réduit le débat sur l'identité de la France à celui de notre relation à l’étranger, avec tous les égarements que cela autorise.
Comment éviter, avec un tel discours, que de mauvais amalgames n'aboutissent à l'enfermement de groupes entiers dans le communautarisme, au grand préjudice de la morale républicaine qui rassemble ? Comment éviter dès lors que des jeunes, qui cherchent en vain un chemin qui les conduisent vers la citoyenneté, ne le trouvent ailleurs que dans l’école et les institutions de la République ? Comment expliquer aux enfants de France que, si le prêtre ou le pasteur sont plus légitimes que l'instituteur à transmettre les valeurs essentielles, ils devront, malgré tout, respecter le maître d'école comme le firent leurs aînés avant eux, face à ceux qu'on appelait les hussards noirs de la République ?
Par-delà la posture, chacun mesurera les risques de dislocation de la République par la négation de ses racines laïques. Le modèle anglo-saxon, communautariste a montré ses dangers et ses limites. Si aucun creuset de valeurs partagées ne vient garantir l’indivisibilité de la République, comme un pacte chaque jour réitéré, les particularismes mineront la démocratie, alors que les cultures qui la traversent auraient pu l’enrichir.
Notre France n'a pas peur des musulmans
C’est pourquoi la laïcité renvoie à la notion ancienne de peuple formant un tout, à l'idée d'une indivisibilité par ailleurs inscrite dans notre constitution, à l'unité du peuple français. Cette unité n’est pas un nivellement : elle permet à la République laïque, depuis plus d’un siècle, d’accueillir et d’intégrer en son sein l’ensemble des siens. Désigner chaque jour des boucs émissaires, entretenir l'invective, c'est pousser la République dans les bras du communautarisme.
La France que nous désirons ardemment n’accepte pas ces discriminations qui éloignent de l’emploi, ou tout simplement de la vie, une grande partie de ses enfants en raison de leurs origines ethniques, religieuses ou sociales. La France que nous désirons ardemment n’a pas peur des musulmans de France, car elle pense la République laïque assez forte pour les intégrer dans le respect de ses valeurs. La France que nous désirons ardemment doit assurer l’égalité républicaine, plutôt que de réinventer les népotismes d’ancien régime. Elle doit tendre la main à tous les quartiers de ses villes, plutôt que de stigmatiser ses banlieues. Elle doit tout mettre en œuvre pour que l’égalité des chances et la méritocratie quittent leur statut de chimère.
Les plus faibles sont toujours les premiers à pâtir des manquements au contrat social et au pacte républicain. Si l’aggravation de leur condition devait les renvoyer à leurs seules origines, à leur dénuement, ou pire encore étendre les discriminations qu’ils peuvent subir, alors le malaise social aujourd’hui perceptible pourrait se muer demain en rage sociale. Il ne resterait plus alors qu’à dire, comme aux heures tristes du bonapartisme : "Il est tant que les bons se rassurent et que les méchants tremblent ."
Au moins la démonstration aurait été faite que la sécurité est davantage menacée par l'éclatement de notre modèle social, que par des boucs émissaires que chaque jour certains assignent devant le tribunal de l'opinion.
Agenda4 avril – Réunion publique au Parc des Expositions de Rennes à partir de 18h.
12 avril - Réunion publique à NEVERS